Réussir son marbrage

Dans cette page, j’ai rassemblé quelques conseils issus de ma pratique et de la documentation trouvée sur le net pour expliquer les points essentiels de la réussite d’un marbrage.

La technique

Avant toute chose, il faut bien s’imprégner du marbrage que vous souhaitez utiliser. Lisez plusieurs tutoriels, regardez plusieurs vidéos, cherchez des savons réalisés avec la même technique. Cela vous donnera une idée des possibilités de ce marbrage. Pour vous aider à trouver l’inspiration, j’ai publié un récapitulatif des différents marbrages connus à ce jour.

Choisissez ensuite les paramètres qui vont influencer le rendu final de votre savon : la forme du moule, le sens dans lequel vous le prenez, le sens de la coupe, la part de hasard. Visualisez concrètement votre savon et réfléchissez à la manière dont vous allez essayer de l’obtenir. Vous pouvez dessiner votre savon à l’avance pour vous rendre compte de ce que cela donne.

N’hésitez pas à mélanger plusieurs techniques, voire à essayer des choses qui peuvent vous paraître trop simples ou complètement loufoque, ce sont  ces essais qui font avancer. Ratés ou réussi, ils sont l’avant-garde de la savonnerie. De plus, ne complexez pas sur votre « niveau » présumé en savonnerie. J’ai vu des premiers savons absolument magnifiques, et inversement des savonniers chevronnés ont souvent des passages à vide où toute une série de marbrages est ratée.

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Mélange de plusieurs techniques : marbrage à la cuillère, larme de savon, splatter soap.

Entrainez-vous. Plus vous ferez de savons, de test, d’essais, de réussites et de ratés, plus vous vous améliorerez. Partagez également vos production pour avoir des avis, des conseils. L’apprentissage se fait au sein d’une communauté, par la pratique.

Enfin, laissez de la place au hasard et à l’intuition, ce sont vos meilleurs alliés. Il m’est arrivé de poser la question à des débutants « mais comment as-tu fait ton marbrage? » et d’obtenir très souvent la réponse suivante :  » je ne sais pas, j’ai fait comme je pensais ». Ce n’est pas la chance du débutant, c’est l’absence de barrières ou de représentations préétablies qui ouvre de nouveaux horizons.

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Savon au marbrage inattendu

Maîtriser la trace

La trace est le moment où la saponification débute, et où les huiles et la lessive de soude commencent à réagir pour former la pâte à savon. La trace fine a la consistance d’une crème anglaise, la trace franche la consistance d’une béchamel, et la trace épaisse a la consistance d’une pâte à gâteau. La consistance crumble est appelée « trace éclaire » et c’est la bête noire de tous les savonniers! Pour plus d’informations, je vous invite à consulter la page de mon blog consacrée à la trace.

Illustration traces.
Trace fine, trace franche et trace épaisse.

Pour maitriser l’arrivée de la trace de votre pâte à savon, vous pouvez jouer sur plusieurs facteurs.

Tout d’abord, composez votre recette en prenant cet aspect en compte. Certaines huiles comme l’huile de ricin, l’huile de coco, l’huile d’avocat tracent très vite, et d’autres comme l’huile d’olive, beaucoup plus lentement. Privilégiez donc les huiles qui tracent lentement. Parfumez également votre savon avec des huiles essentielles. En effet, Il est très fréquent que la trace accélère à cause des fragrances. Vous augmenterez votre maitrise de la trace en utilisant les huiles essentielles, bien que certaines accélèrent aussi l’arrivée de la trace.

Ensuite, faites votre mélange soude/huile à la température la plus froide possible. C’est à dire 35°C/40°C si votre recette comporte peu de gras durs, 40°C/45°C si vous en avez une grosse proportions.

Enfin, mélangez votre pâte à savon à la main. Vous pouvez mélanger au mixeur une ou deux secondes au début pour lancer la réaction de saponification, mais dès que votre pâte à changé de couleur, qu’elle s’est légèrement éclaircie, passez à la maryse. En effet le mixeur permet d’obtenir la trace plus rapidement.

Si jamais vous vous voyez que votre pâte fige quasiment instantanément, c’est à dire qu’elle épaissit ou qu’elle grumelle au premier coup de mixeur (consistance crumble), ABANDONNEZ! Moulez votre savon immédiatement en tassant fortement avec vos mains munies de vos gants et priez pour ne pas avoir de déphasage. Je pense que ceci arrive généralement lorsque l’on fait son mélange huile/soude à température trop basse, avec une trop grande proportions de gras solides.

Si jamais vous dépassez simplement le moment de la trace idéale, deux solutions s’offrent à vous : soit vous abandonnez votre idée de départ, pour partir sur un marbrage qui nécessite une trace épaisse, par exemple un joli topping, ou une ligne de savon. soit vous pouvez persister dans votre margrage de départ, pour obtenir un résultat inattendu. Le savon ne ressemblera pas à ce que vous aviez prévu au départ, mais peut-être découvrirez-vous une nouvelle technique de marbrage! Les ratés ont parfois du bon.

Les couleurs

Les couleurs sont bien sûr une composante capitale du marbrage de votre savon. Il m’arrive voir es marbrages magnifiques, parfaitement réussis, mais les couleurs ne me plaisent pas tout, et je ne peux pas apprécier le savon. Même si tous les goûts sont dans la nature, il existe tout de même des constantes culturelles, ou des effets de mode qui permettent de choisir ses couleurs, au moins dans les grandes lignes.

Si vous êtes très visuel, que vous avez besoin de manipuler pour prendre conscience des rendus, n’hésitez pas à sortir feutres et crayons de couleurs! Griffonnez, arrangez, réajustez, essayez, cela vous aidera à trouver les bonnes association.

Première méthode : utiliser la roue chromatique.

Toutes les couleurs sont un mélange de deux ou trois couleurs primaires que sont le jaune, le magenta, et le cyan. Deux couleurs primaires mélangées entre elles donnent les couleurs secondaires, que sont le rouge, le bleu et le vert. Enfin, une couleur secondaire mélangée à une couleur primaire, donnent une couleur tertiaire. Les noms des couleurs tertiaires sont relativement variables, je retiendrais donc les noms suivants : orange, rose, violet, bleu ciel, vert d’eau, vert pomme. Entre ces couleurs principales, existent une infinité de couleurs. Pour vous y retrouver, je vous propose une roue chromatique :

roue_chromatique

A cette roue chromatique, s’ajoutent les nuances de gris allant du noir au blanc, (qui peuvent êtres nuancées par les couleurs de la roue chromatique) et les nuances de marron. Concernant le marron, il s’agit d’un mélange des trois couleurs primaires. Selon la proportion de chacune, vous obtenez divers tons de marrons (marron-rouge, sable, beige, chocolat…)

Pour associer deux couleurs, vous pouvez choisir n’importe lesquelles sur la roue chromatique, mais si vous choisissez des couleurs très contrastées, veillez à ne pas mettre la même quantité de chaque, afin d’adoucir et d’alléger le marbrage. Les couleurs face à face sur la roue chromatique sont les couleurs complémentaires. Personnellement, je trouve qu’il est extrêmement difficile de réussir un marbrage à deux couleurs issues de la roue chromatique. Je conseille plutôt de choisir une couleur neutre (blanc, noir, gris, marron) et de l’associer à une couleur de la roue chromatique.

Pour associer trois couleurs, plusieurs choix s’offrent à vous : Vous pouvez choisir deux couleurs principales et les compléter avec du noir du blanc ou du marron. Vous pouvez aussi choisir un camaïeu. un camaïeu est un ensemble de couleurs situées côte à côte sur la roue chromatique. Par exemple rose-magenta-violet ou rouge-orange-jaune. Les camaïeux restent cependant très classiques. Vous pouvez également choisir trois couleurs à égale distance sur la roue chromatique, par exemple : violet, orange et vert d’eau. Cela vous donnera un effet très coloré, très funky, qui s’accordera bien avec des odeurs acidulées de fruits ou sucrée de bonbons. Vous pouvez enfin choisir deux couleur proches et une contrastée, par exemple bleu, jaune et orange.

Un camaïeu
Un camaïeu
Couleurs à égale distance
Couleurs à égale distance
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Deux couleurs proches, une contrastée.

Au delà de trois couleurs, je vous conseille vivement d’opter pour des nuances de gris ou de marron, qui éviteront les ensembles arlequins.

Attention à certaines associations très connotées culturellement :
-vert et rouge (Mon beau sapin, roi des forêêêêêts…)
– rouge et blanc (Père Noël)
– rose et bleu (I’m a Barbie girl, in a Barbie world, life in plastique, it’s fantastic!)
– vert-jaune-rouge (Rasta man!)
– bleu-blanc-rouge (Allez les Bleus!)
– vert-blanc-rouge (Viva titalia!)
– rouge-jaune-bleu (Bozzo le clown)
Évitez ces associations de couleurs sauf pour des occasions spéciales (naissances, fêtes, coupe du monde…)

Deuxième méthode : se baser sur une photo.

Une autre méthode pour constituer vos associations de couleur est de choisir une photo et d’en extraire les couleurs principales. Je trouve que cette méthode est très pertinente en matière de choix de couleur car elle donne de très beaux rendus. Par exemple :

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Quelle que soient la méthode choisie, portez une grande attention aux colorants que vous allez utiliser. Certains ne sont pas fiables du tout, d’autres s’affadissent avec le temps. Je vous conseille les oxydes, ultramarines et pigments « spécial savon » qui sont relativement stables dans les savons. Tenez compte également de la couleur des huiles! Un même colorant n’aura pas du tout le même rendu dans un savon à l’huile de noix de coco, à l’huile d’olive, ou à l’huile de germe de blé! Si vous ne connaissez pas les huiles que vous allez utiliser, je vous invite à aller faire un tour sur le blog de Kafée, dans la catégorie savon du mois, ce qui vous donnera une idée de la couleur de l’huile en question.

Les colorants

Les colorants ont une part très importante dans la réalisation des marbrages, puisque ce sont eux qui vont donner la couleurs à la pâte. Il faut savoir, qu’il est assez difficile de colorer un savon car de nombreux colorants ne gardent pas leur couleur d’origine lorsqu’ils sont en contact avec la soude.

Les colorants végétaux

Les colorants végétaux sont les plus instables dans les savons car ce sont eux qui sont le plus sensibles au pH. De manière générale, les plantes rouges comme la betterave, le henné, la tomate etc, perdent leur couleur dans un savon et donnent des couleurs qui varient entre le vert, le marron et le gris. La seule exception à ma connaissance est le thé rooibos, qui donne de belles teintes allant de l’orange au rouge bordeaux, selon la concentration. Les plantes oranges comme la carotte, l’huile de palme rouge, l’urucum tiennent très bien dans les savons. La couleur jaune/orange est donnée par le bêta-carotène qui résiste bien à la soude. De même que les plantes vertes comme l’ortie, la spiruline, la menthe etc, donnent des teintes vertes assez variées grâce à la chlorophylle. Attention cependant à cette dernière qui a tendance à favoriser le rancissement du savon. l’indigo et l’orcanette, donnent des teintes variables en fonction du pH du savon, du gris au bleu pour l’indigo et du gris au rose en passant par le violet pour l’orcanette. Pour les incorporer au savon, vous pouvez les faire macérer dans l’huile ou les faire infuser, pour les ajouter à la trace ou directement dans les huiles ou encore, les utiliser comme liquide de dissolution. En ce qui concerne le dosage, plus vous ajouterez de matière colorante, plus la couleur sera intense.

Les argiles

Les argiles conservent généralement bien leur couleur dans les savons. En fonction de la concentration vous obtiendrez une palette assez large de couleur. Cependant, certaines argiles, comme les argiles roses ou violettes virent au marron. Il s’agit souvent d’argile blanche à laquelle on a ajouté un peu de colorant. Diluez-les dans un peu d’huile avant de les ajouter à la pâte à savon. Pour le dosage, vous pouvez aller de 1/2cc à 2CS pour 1kg de savon (c’est à dire 700g d’huile).

Les colorants alimentaires

Les colorants alimentaires sont très capricieux! Certains résistent bien à la soude et gardent leur couleur, d’autre changent de couleur (par exemple le bleu vahiné devient violet), et d’autres enfin sont complètement neutralisés. Je ne conseille pas du tout de les utiliser dans les savons car ils sont beaucoup trop aléatoires. Sous forme liquide, vous pouvez les incorporer directement dans votre pâte, à raison de 3 à 10ml pour 1kg de savon (700g d’huiles). S’ils sont sous forme de poudre, diluez-les dans un peu d’huile avant de les ajouter avec parcimonie : maximum 1cc pour 1kg de savon.

Les micas

Les micas sont eux aussi assez aléatoires. Certains donnent de très belles couleurs, d’autres virent complètement. Diluez-les dans un peu d’huile avant de les ajouter. Je ne peux pas vous conseiller sur les doses car je n’utilise pas ce type de colorant.

Les oxydes et ultramarines

Ce sont à mon avis de très bons colorants pour les savons. Les couleurs tiennent bien, même dans le temps, les surprises de changement de couleur sont assez rares, de petites quantités suffisent et ils sont faciles à utiliser. Attention au violet de manganèse qui n’est pas une ultramarine et qui vire au marron au contact de la soude. Diluez-les dans un peu d’huile avant de les ajouter avec parcimonie. 1cc rase vous donnera déjà une couleur très intense.

Les colorants « spécial savon »

Vous trouverez sur internet des boutiques en ligne vendant des colorants fabriqués spécialement pour la saponification. Ces colorants sont très fiables au niveau de la couleur et de la tenue dans le temps et vous trouverez une très large gamme de couleurs, même du fluo! Personnellement, je vous conseille de les acheter en poudre puis de les diluer vous-même dans un peu d’huile car les colorants pré-dilués sont très difficile d’utilisation. En effet, ils sont dispersés dans de la glycérine, qui se mélange très difficilement à la pâte à savon. Vous obtiendrez au mieux de petites gouttelettes colorées, dispersées dans votre pâte à savon. Pour le dosage, référez-vous aux conseils du vendeur.

 

En conclusion, la réussite d’un marbrage est conditionnée par de nombreux facteurs, et tous ont leur importance. Prenez le temps de mûrir votre marbrage, et n’oubliez pas de laisser une petite place au hasard!

 

11 réflexions au sujet de « Réussir son marbrage »

  1. J’aime beaucoup vos explications claires ,détaillées pour tout public…
    Une question me vient à l’esprit comment rendre un savon blanc sans titane, avec oxyde de zinc?
    Vous avez un super site

    Merci

    1. Merci pour votre gentil commentaire!
      Sans vouloir vous décourager, obtenir un savon blanc est assez difficile. Vous pouvez miser sur des huiles blanches (coco, arachide, ricin) et bien laisser curer vos savons, mais le blanc n’est jamais vraiment parfait bien sûr. L’huile d’olive devient presque blanche avec le temps. Sans dioxyde de titane, vous n’aurez pas un résultat parfait, il faut se contenter d’un beige clair.

  2. Bonjour,

    Merci de toutes les informations utiles que vous diffusez sur votre site, c’est vraiment très gentil et généreux à vous de nous consacrer tout ce temps pour nous aider à savonner.

    Néanmoins j’ai quelques questions à vous soumettre…

    Quelle est la recette idéale pour faire un savon marbré avec une trace qui n’arrivera pas trop vite ?

    Quelles sont les huiles qui tracent lentement ?

    J’ai déjà essayé plusieurs méthodes avec un résultat pas terrible et, la trace arrive très vite malgré toutes mes précautions.

    Paresseusement, j’aurais aimez un tutoriel genre recette : « marbrage inratable ».

    Bises à vous !

    1. Bonjour et merci de ce gentil commentaire!
      Pour votre question, j’ai rédigé tout un article là-dessus, allez voir dans le menu « réussir son marbrage », vous trouverez plus de détails que dans un commentaire. Pour la recette spécial marbrage malheureusement, je n’ai pas de recette qui trace lentement. Déjà supprimez les HE et les fragrances. Une amie du forum utilise cette recette: 30% coco 30% palme, 30% arachide, 10% ricin (de mémoire) sans parfum, et elle arrive a avoir une trace correcte. Mais je n’aime pas les savons qui ne sont pas parfumés, et je n’aime pas non-plus l’huile d’arachide. La meilleure chose à faire je pense c’est de tatonner jusqu’à trouver l’équilibre qui vous convient.
      bonnes bulles!

  3. Bonjour
    D’abord merci pour toutes ces infos sur les savons
    Pour ma part je me limite à des recettes simples et naturelles mais je voudrais essayer une recette de savon à la lavande et lui donner une jolie couleur mauve.
    Pouvez vous me dire ou je peux trouver de l’orcanette?
    Merci

  4. je viens de tomber sur votre site en cherchant des renseignements sur l’orcanette et franchement je suis ravie. Il est très explicite tout est bien expliqué. Il est vraiment très intéressant. Merci

  5. Grand Merci :) et Bravo
    On a bcp de plaisir rien qu’à vous lire, c’est agréablement coloré et parfumé, et surtout très instructif et très bien expliqué.

    Dieu vous bénisse :)

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